Dossier — deux quinquennats, 2017 à aujourd'hui
Bilan économique et lecture politique du mandat Macron
Une synthèse des points positifs et des points à améliorer sur le plan économique, suivie d'une analyse du contexte politique — opposition, désinformation russe et événements internationaux qui ont pesé sur l'action présidentielle.
01 — Économie
Emploi
Le principal succès quantifiable des deux mandats, avec des réserves sur la comparaison européenne.
Créations d'emplois
Plus de 2,5 millions d'emplois créés depuis 2017, taux de chômage passé de 9,4 % à 7,5 %, population en emploi en hausse de 9 % sur la décennie.
Réformes structurelles à l'origine : ordonnances travail 2017, réforme de l'apprentissage, réforme de l'assurance-chômage.
Comparaison européenne
L'écart entre le taux de chômage français et la moyenne de la zone euro s'est creusé — le progrès en absolu masque un affaiblissement relatif face aux autres économies européennes.
01 — Économie
Attractivité, Choose France, France 2030
Une stratégie de l'offre assumée, saluée à l'international, avec des questions de soutenabilité budgétaire.
Choose France
852 projets d'investissement étranger attirés en 2025 ; France 1ère destination européenne pour la 7e année consécutive. Fiscalité des entreprises jugée plus compétitive (IS ramené à 25 %), baisse des impôts de production.
France 2030 (54 Md€)
17 Md€ engagés sur le volet industriel, 12 Md€ d'investissements privés générés, plus de 1 200 lauréats soutenus, effet de levier de 2,3 à court terme et jusqu'à 5,4 € de PIB généré par euro public investi à long terme.
Résultats concrets : trois gigafactories de batteries sur six sorties de terre, la moitié de l'objectif 2030 de production de semi-conducteurs déjà atteinte.
Réserves
Ralentissement de 30 % du rythme d'attribution des aides prévu pour 2026, manque de transparence pointé par le Sénat, tassement des investissements étrangers créateurs d'emplois en 2024 (-14 % de projets, -27 % d'emplois).
01 — Économie
Finances publiques
Le point le plus fragile du bilan : une trajectoire de dette et de déficit nettement dégradée.
Dette publique
De 96,8 % du PIB en 2017 à 115,6 % en 2025, avec une projection à 117,9 % pour 2026 — plus de 1 200 Md€ de dette supplémentaire depuis 2017.
Déficit
Déficit à -9,2 % du PIB en 2020 (jamais vu depuis 1949) ; erreur de prévision de 41 Md€ sur 2024 (4,7 % annoncé, 5,8 % réalisé) ; 5,4 % au T2 2025, pire résultat de la zone euro.
Charge de la dette
Taux d'intérêt passés de 0,6 % (2017) à 3,5 % aujourd'hui, environ 70 Md€ de charges d'intérêts prévus l'an prochain — un poste budgétaire qui grossit chaque année.
Facteurs aggravants
Trois chocs expliquent une partie de la dérive : le Covid (chômage partiel, aides, prêts garantis), la guerre en Ukraine (bouclier tarifaire, ~80 Md€ sur deux ans) et des prévisions budgétaires trop optimistes en 2023–2024.
01 — Économie
Industrie et pouvoir d'achat
Croissance atone, désindustrialisation persistante, salaires en net ralentissement.
Faillites & industrie
Faillites d'entreprises en hausse de 24 % depuis 2017 (100 % hors micro-entreprises) ; production industrielle en tendance baissière malgré les annonces de réindustrialisation ; déficit commercial autour de 80 Md€ par an.
Salaires
Progression salariale de seulement 1,1 % en sept ans, contre 2,6 % entre 2010 et 2017.
Croissance
PIB en repli de -7,9 % en 2020, rebond 2021–2022, puis ralentissement : +1 % en 2024, +0,8 % en 2025 — une croissance tirée davantage par la dépense publique que par la consommation privée.
01 — Économie
Tableau de synthèse
| Thème | Bilan |
|---|---|
| Emploi | Positif en absolu, mitigé en comparaison européenne |
| Attractivité / Choose France / France 2030 | Très positif, avec un tassement en 2024 et des réserves de transparence |
| Fiscalité entreprises | Positif — compétitivité renforcée |
| Croissance | Faible et fragile, tirée par la dépense publique |
| Dette / déficit | Nettement dégradé — principal point noir |
| Pouvoir d'achat | Stagnation relative des salaires |
| Industrie | Désindustrialisation persistante, faillites en hausse |
02 — Analyse politique
Ingérence et désinformation russes
Un phénomène documenté, réel et croissant depuis 2022.
- Réseau de sites de propagande pro-russe identifié par les autorités françaises dans un contexte électoral européen et américain en 2024.
- Autour des JO de Paris 2024, campagne de désinformation dénoncée par Macron ; les services russes soupçonnés d'être derrière les étoiles de David taguées à Paris après le 7 octobre.
- Début 2025, vagues de fausses accusations visant Macron et Brigitte Macron, puis tentative de lien fabriqué avec l'affaire Epstein via de faux e-mails.
- Intensité en hausse : 43 vidéos de désinformation pro-russe visant la France recensées sur toute l'année 2025, déjà 30 en janvier 2026 seul ; accusations de corruption infondées passées de 2 (2022) à 37 (2025).
Ces opérations combinent faux sites, vidéos truquées et comptes automatisés, avec un objectif : décrédibiliser le soutien à l'Ukraine et fragiliser la cohésion nationale.
02 — Analyse politique
Gilets jaunes : amplification, pas origine
Selon le Times et Bloomberg, la Russie serait derrière des centaines de faux comptes ayant cherché à amplifier la contestation sur les réseaux sociaux, une majorité des contenus relayés provenant de médias pro-russes (RT, Sputnik, Ruptly). Exemple documenté : une vidéo de policiers à Pau retirant leur casque, présentée à tort comme un signe de ralliement au mouvement.
Une étude universitaire nuance toutefois : le contenu des médias d'État russes est populaire sur tout le spectre politique français, et les communautés Gilets jaunes se distinguaient par leur faible présence sur Twitter — le mouvement s'est structuré sur Facebook, dans une dynamique virale indépendante de toute ingérence.
Distinction clé
Amplification artificielle par de faux comptes et médias d'État russes : documenté par plusieurs enquêtes sérieuses. Création ou multiplication des sites locaux du mouvement : une affirmation plus difficile à établir, le mouvement étant né d'une mobilisation spontanée sur Facebook.
02 — Analyse politique
Opposition politique et rapport aux institutions
Une lecture contestée
Présenter LFI, le RN, la CGT et une partie des médias comme une même coalition d'"acharnement" est une lecture partisane, partagée par les soutiens de Macron mais rejetée par ses opposants, qui inversent l'argument : ce serait la politique menée (49.3, verticalité du pouvoir) qui aurait suscité la contestation, pas l'inverse.
La citation de Mathilde Panot
La citation exacte "ce que l'on ne peut obtenir par les urnes, on l'obtiendra par la rue" n'a pas pu être retrouvée telle quelle. La déclaration la plus proche et la plus récente (février 2026) est différente : "Nous n'accepterons jamais que le fascisme prenne le pouvoir légalement par les urnes, ce que veut faire Marine Le Pen" — une déclaration conditionnée à une victoire électorale du RN. Panot a par ailleurs dénoncé comme déformée une citation ("je ne reconnais pas le résultat des urnes") qu'elle attribue à Pascal Praud sur CNews, affirmant : "c'est par les urnes que nous battrons l'extrême droite".
Sur le fond, une déclaration conditionnant l'acceptation d'un résultat électoral légal à la nature idéologique du vainqueur interroge légitimement le rapport de LFI aux institutions — un débat réel, partagé par une partie de l'opinion et des commentateurs.
02 — Analyse politique
La forme des mobilisations
Point peu contesté : les blocages routiers et autoroutiers ont pénalisé des automobilistes et professionnels non concernés par le conflit, et les dégradations commises lors de certaines manifestations (mobilier urbain, arrêts de bus, radars, biens publics) engendrent des coûts de remise en état supportés par l'ensemble des contribuables.
Cette critique de la forme (violence, blocages généralisés touchant des tiers) est distincte de la question de la légitimité du fond revendicatif, qui reste un sujet de débat démocratique normal — une distinction que font d'ailleurs de nombreux observateurs indépendants.